SOCIÉTÉ - Les files de migrants main tendue pour saisir un sachet de pain et de sardines en boîte le midi, à Calais, c'est bientôt fini. Une
situation «plus tenable», mais une décision «pas facile à prendre». Le collectif de soutien d'urgence aux réfugiés, C'Sur, annonce qu'il cesse les repas le 30 novembre. Fini
aussi les douches. «Voilà six ans que nous disons que ce n'est pas aux bénévoles de distribuer de la nourriture aux migrants à Calais. Cette action humanitaire doit être prise en charge
par l'Etat et par les collectivités territoriales».
Le collectif trouve «très difficile» de distribuer les repas alors que les migrants sont «plus de 700 en ce moment» et que le nombre de bénévoles n'a pas augmenté. Les
bénévoles du C'Sur réclamaient une aide du personnel municipal, ce que la maire de Calais a refusé. «Nous ne voulons pas être l'objet de chantage», a lancé Natacha Bouchart le 13
novembre, après le Conseil des migrants qui réunit municipalité et bénévoles. Elle a quand même ajouté que «les repas seront distribués», sans préciser comment, ni par qui. «Il y a des
associations prêtes à prendre le relais».
Réponse, hier soir, de C'Sur : «Il y a une opportunité que nous soyons remplacés, nous la saisissons donc». Le collectif prolonge les repas du midi jusqu'au 30 novembre, «afin de
donner à Madame le Maire le temps d'organiser la relève». Les douches s'arrêtent aussi, «pas envisageables dans des conditions acceptables si les migrants ne bénéficiaient pas
de repas». Les quatre douches -pour quelque 700 personnes- reprendront avec le repas.
«Nous continuons en revanche les vestiaires, et bien sûr toutes les autres tâches militantes liées aux migrants que nous avions parfois dû négliger faute de temps», comme
l'information et l'accompagnement juridique. Le collectif pense que cette décision «pas facile à prendre» peut «être l'occasion d'une avancée dans la prise en charge humanitaire
des migrants». L'abbé Boutoille, porte-parole du collectif, disait à LibéLille le 7 novembre : «Nous ne serons prêts à reprendre notre aide que lorsque nous sentirons une vraie bonne
volonté du côté politique, ce que nous n'avonsjamais ressenti.» Selon la Voix du Nord, la maire de
Calais, Natacha Bouchart (UMP) demande au Conseil Régional de couper la subvention de 22.000 euros par an du collectif.
Branle-bas de combat, ce jeudi en début d'après-midi, au Palais de Justice où un visiteur
important était attendu. Jean-Marie Le Pen en personne apparaissait, entrant par une porte dérobée, et, prestement, s'orientant vers les ascenseurs centraux. Le vieux leader de l'extrème-droite,
entouré de trois gardes du corps impressionnants, se dirigeait illico vers le bureau de la juge d'instruction Claire Le Bonnois. Jean-Marie Le Pen était entendu, comme simple témoin, dans une
affaire qui a démarré à Lille mais qui concerne maintenant plusieurs zones géographiques du Front National. A Lille, c'est Eric Portejoie, éphémère candidat du F.N. à Lille-Est lors d'une
cantonale, qui met le feu aux poudres. Le candidat, qui a donné rapidement sa démission du F.N., s'aperçoit, après les cantonales de 2004, qu'on lui a fait signer des documents de remboursement de
frais électoraux bidons. En fait, c 'est l'Etat la victime puisque les contribuables, selon les résultats, remboursent des frais électoraux. Il suffit donc de gonfler des factures, ou d'imputer à
un canton des dépenses qui ne le concernent en rien, pour obtenir de meilleurs remboursements. Eric Portejoie, qui ne veut pas couvrir ces magouilles, dénonce les faits avec l'aide de son avocat,
Me Tayeb Ismi. Philippe Bernard, ex-leader du Front National à Lille, a été mis en examen pour «escroquerie en bande organisée au préjudice de l'Etat». Des perquisitions ont été opérées notamment à
Roubaix et dans le Massif Central. Jean-Marie Le Pen, reparti dans la soirée, était donc entendu en tant que témoin. N'oublions pas que, dans cette histoire, le Front National est victime et s'est
constitué "partie civile" avec l'aval de la Cour d'Appel.
Il avait plongé dans le canal pour sauver un migrant érythréen de la noyade. Il est mort avec lui. On sait peu de chose de cet habitant de Norrent-Fontes, près de
Lillers, dans le Pas-de-Calais, père de deux enfants, âgé de 47 ans. Il est enterré demain matin à la collégiale d’Aire-sur-la-Lys, indique le Secours Catholique, de Calais. Des amis du migrant
décédé, migrants érythréens aussi, assisteront aux funérailles et lirontun texte pour
saluer sa mémoire.
Le texte des migrants, rédigé au nom du migrant décédé commence ainsi : «Ami, je me présente à toi, qui as voulu me sauver la vie et ne me connaissais pas. Je m'appelle Ramadan, je
suis Erythréen, j'ai 26 ans, je suis parti de mon pays pour arrêter la souffrance...» Un autre s'adresse à la famille du riverain : «Nous partageons votre chagrin, aussi
profond qu'un océan, vous avez perdu un être cher qui par son acte nous est devenu cher...».
Le migrant était à Calais depuis deux mois, et tentait de passer en Angleterre, raconte Mariam Rachih, salariée du Secours Catholique. Il logeait dans le squat Pagniez (Libération du 29/9/08), une ancienne menuiserie près de la gare de Calais. Il tentait de passer en grimpant sur un camion du
côté de Saint-Omer. Il a chuté dans le canal.
Sa mère et ses deux soeurs vivaient en Egypte, il avait perdu son père. «Toute la famille avait misé sur lui et payé son voyage pour l'Europe». On a retrouvé sur lui des photos de
ses deux soeurs, un peu d'argent, et des tickets de douche du Secours Catholique. Sept migrants assisteront à la messe d'enterrement. «Ils étaient nombreux à vouloir venir, mais nous
n'avons que huit places dans la camionnette».
Ces jours-ci, les migrants sans abri sont environ 600 à Calais selon les humanitaires qui leur viennent en aide. Parmi eux, une vingtaine d'enfants.
H.S.
APRÈS COUP - Selon Myriam Rachih, une dizaine de migrants értythréens ont réussi à assister aux funérailles, «mais on aurait pu remplir plusieurs mini-bus». Ils se sont
cotisés pour un bouquet. La famille du Français défunt a souhaité assister à l'enterrement du migrant, selon elle.